1- Obscurité


Pas de Lune?
Il me semble que quelque chose rampe.
Il me semble que quelque chose grouille.
Pour quelque chose, c’est l’heure de sortir
de chez soi, c’est l’heure de vivre.
Il me semble qu’un phénomène inconnu
déploie sa logique dans l’obscurité.
Des branches s’agitent. Du bois casse. On
dirait que des informations sont chuchotées
entre les feuilles.
C’est un grand affairement.
Un grand rassemblement d’histoires minus-
cules.
Quand les bêtes suspendent leurs gratte-
ments ce sont les arbres qui s’y mettent.
Ma peau me pique.
Ne pas oser bouger me pique.
Les insectes tracent un chemin de ma
poitrine à mon front.
Pour eux je ne suis qu’un obstacle de plus,
 je n’éveille pas plus leur curiosité qu’une





15
 


branche morte, qu’une souche, qu’une
irrégularité du sol.
La nuit remet les compteurs à zéro.
La nuit me cloue au sol, me gèle les os.
Autour de moi, on s’organise sans s’aider
d’aucune lampe. Il y a des bruits de pas,
des déplacements dans la terre humide.
Et puis une voix, qui donne des explica-
tions, à quelques mètres de là.

Pour apprivoiser notre peur il faudrait ne
pas rêver chacun de notre côté. Il faudrait
se mettre d’accord. Il faudrait avoir un
plan pour nos rêves.

Est-ce que quelqu’un a parlé?
Est-ce que quelqu’un sait que je suis là,
avec ma nouvelle peau faite d’insectes? Ils
doivent bien avoir une raison, de se
regrouper sur ma peau, de prendre posses-
sion de moi, de me servir d’écorce.

On ne peut pas se contenter de l’émeute.
On ne peut pas se contenter de la plainte et
du constat.

Ça bouge tout autour de moi, et dans les
replis de ma chair, entre mes doigts, sous

16











accueil

catalogue

nouveautés

facebookactus

les auteurs

commandes

contact

liens