SEQUENCE 1 (ZONE DE TRANSIT)



FEMME 3 :
Aux premières heures du jour, nous sommes descendues dans la cour ramasser les sacs plastiques où nous avions fourré nos affaires en vitesse, avant le départ. Nous les serrions contre nous ; le plastique craquait dans nos bras. Sur nos têtes, le ciel était le même, depuis des mois : le gris, des nuages, des usines, des incendies ; le gris stagnait. On n’en sortirait pas. Toutes, nous étions là, dans la cour, encerclées par les hommes et le tintement des armes contre les ceinturons, à attendre
les fourgons, sans rien dire.
 
FEMME 2 :
Nous, les anciennes, nous connaissions ces
départs ; le crissement des pneus dans la caillasse quand les fourgons approchaient des palissades ; les éclats d’obus derrière la forêt ; l’aube à peine rosée sur les collines ; et ces lueurs sous les nuages qui tout de suite s’éteignaient.

FEMME 3 :
Nous étions dans la cour, en silence, à attendre les fourgons, quand l’une d’entre nous, la nouvelle, s’est mise à chanter, lèvres serrées.



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FEMME 2 :
Les hommes nous firent monter sur les plates-
formes arrière bâchées de plastique noir ; nous
quittâmes la zone avec lenteur.

FEMME 3 :
Le matin des départs nous apportait une heure ou deux de répit. Nous savions que pendant le trajet, nous pourrions dormir dans le bruit des moteurs qui assourdissait jusqu’aux souvenirs.

FEMME 2 :
La nouvelle cherchait encore du regard, par un
entrebâillement dans la bâche, la ville, avec l’espoir, un jour, de retourner chez elle. Ça se voyait dans ses yeux ; ça perçait. Nous, très vite, nous nous endormions, bercées par les cahots du moteur.

FEMME 3 :
Les hommes nous suivaient dans des voitures.

FEMME 2 :
Des corps étaient suspendus aux poteaux des
anciennes voies ferrées que nous longions. Des
ennemis, avaient dit les hommes.

FEMME 3 :
Voilà ce qu’on fait aux ennemis, avaient dit les
 hommes.

FEMME 2 :
La fille chantonnait toujours.

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