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LA MERE :
Aujourd’hui, j’ai vu le soleil se coucher et se
lever, dans un même mouvement circulaire.
J’attendais patiemment le sommeil, mais il n’est
pas venu. Il me fuit en ce moment, il s’échappe,
se volatilise. J’ai l’impression parfois de le sai-
sir. Alors je m’agrippe à lui, de toutes mes
forces. Je veux le retenir. Reste un peu avec
moi. Reste… qu’il me console, qu’il me tienne
compagnie. Qu’il s’étende avec moi sur le lit,
qu’il me donne la main. Qu’il me berce comme
un enfant, comme mon petit qui est parti.

LE PERE :
Je commence aujourd’hui. Au supermarché.
Pour les poulets.

( Boum boum boum boum boum boum boum
boum boum boum, durant toute la scène. )

LA MERE :
Tu l’entends ? Il m’appelle ! Toute la nuit il
m’a appelé. C’est mon cœur qui me dit d’être
vivante. C’est mon cœur qui m’ordonne de ne
plus me taire. Quand il m’appelle comme ça,
je voyage. Je traverse les murs, je suis en lévi-
tation. Je contourne les maisons du quartier.

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Je prends la route. Je suis plus rapide que les
voitures, bus, trains. Je file comme l’éclair.
Ma vitesse est incroyable. Et je n’ai pas peur.
Je dépasse le centre ville, je traverse les
champs. Mais je ne m’arrête pas, toujours pas.
J’arrive à la forêt, l’orée de la forêt. Et là, je
stoppe net.

LE PERE:
Je ne finis pas très tard. Tu as besoin que je te
rapporte quelque chose ?
( Boum boum boum boum boum boum boum
boum boum boum... )

LA MERE :
Chut ! C’est là qu’est l’épicentre. C’est là que
tout commence. J’attends aux aguets. Mes
sens sont démultipliés. Je sens l’énergie de la
forêt. Le vent souffle à mes oreilles en me
demandant de le suivre. Le corbeau se pose
sur mon épaule et me raconte des secrets.  Il
me raconte l’histoire, l’histoire du monde. Il
me parle de ma naissance et de ma mort
comme d’un seul et unique instant. Un seul et
unique instant. L’arbre m’appelle mon frère et
me demande où sont mes racines. Mais mes
racines, elles sont ici et là-bas. Doit-on n’être

ancré qu’en un seul endroit  ?

L’ARBRE :
Par où es tu ancré ? Par où es tu entré dans le
monde ? Tu n’as pas pu oublier. Cherche,
cherche, accepte d’où tu viens, accepte qui tu es.
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