Scène I



Un homme et une femme assis côte à côte sur un banc.
Au sol, un dessin d’architecte représente le plan d’une maison.
Un champ de tournesols envahit le plafond.
 

A côté de la femme, un tas de poissons frais, devant elle une baignoire d’enfant en acier. Elle tente d’ouvrir le ventre d’un poisson avec son doigt, puis ses dents.
L’homme écoute le crépitement d’une radio.
 


L’homme et la femme, au public.
H : La bouche ouverte des poissons me donne la nausée.
F : Il passe son temps à cueillir des pissenlits. Cela sent mauvais dans sa chambre.
A l’homme
Tu devrais lui dire : Ça sent dans ta chambre. Et dans la maison, aussi.
Au public
Les gens ne viennent plus.
H : Ce n’est pas pour cela que les gens ne viennent plus.
A l’homme


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F : De l’eau s’infiltre sous le lit, tu as vu ? Après une violente tentative de dépeçage la femme pose délicatement un poisson dans le creux de sa jupe.
Nous ne parlons plus. Il est tard quand tu rentres.
Au public
H : Presque pas.
F : Nous ne dormons plus.
H : Oui, presque pas.
F : Nous ne nous parlons plus et le vent fait du bruit, dehors.
A l’homme
Tu entends ?
Le bruit que ça fait !
Tu ne veux pas éteindre cette radio ? Tu l’éteins ?
H : …
F : Tu ne l’éteins pas ?!
H : Que le vent t’entre dans la bouche !
Il l’éteint.
F : Il faudrait changer la tapisserie, l’humidité fait des cloques.
Et toutes ces traces noires… Comme de la suie. La femme passe ses doigts dans les ouïes du poisson et le manipule machinalement.
Tiens ! Les dessins de l’enfant s’estompent.
Au public
Il fait de jolis dessins pourtant. Des mongolfières ! Des nuages ! C’est un rêveur. Une tête à hélices !
Des nuages !

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